Entrevue avec Karyne Meunier

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Karyne Meunier est présidente et fondatrice de l'entreprise Hors repères, membre de l'Ordre professionnel des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec (OCCOPPQ). Elle se spécialise en éducation expérientielle et thérapie par l'aventure auprès d'individus en difficulté d'adaptation depuis plus d'une quinzaine d'années au Canada, en Europe et aux États-unis.

Nous lui avons demandé qu'elle nous parle davantage de l'expérience que vivent les différents participants à la thérapie par l'aventure.


Madame Meunier, à quoi doivent s'attendre les participants qui se lancent dans une telle aventure?

En premier lieu, ils doivent savoir que la thérapie par l'aventure n'est pas une thérapie conventionnelle. Ils seront en contact intime avec la nature et avec eux-mêmes, ils vivront le partage avec les autres, le plaisir de mettre en pratique de nouvelles façons d'être... tout ce qu'il y a de plus concret.

Dans cette approche thérapeutique bien distincte, on travaille à quatre niveaux simultanément : le c?ur, l'esprit, le corps et l'environnement (interaction avec la nature et le groupe) dans l'action, dans l'expérience de la réalité. On adapte notre programme en fonction des besoins de notre clientèle. Mais même si on aborde la souffrance, on travaille aussi beaucoup par le plaisir. Il y a des moments où on s'amuse, où c'est plaisant.


Quel est l'un des plus grands défis qu'ils ont à relever au cours de cette thérapie?

Même si l'expérience peut sembler très intense, il n'y a pas de recette miracle pour changer. Ça prend des efforts, du courage pour modifier notre attitude, comme dans toutes formes de thérapie. Nos participants gravissent leur propre montagne et atteignent parfois un sommet insoupçonné. Le changement humain est complexe.


Faut-il être minimalement en bonne forme physique pour participer?

Nos programmes sont adaptés à notre clientèle et à leurs difficultés d'adaptation. On ne développe pas les mêmes programmes pour des enfants que pour des femmes ou des ados. Par exemple, nous avons créé, par le passé, des programmes pour des personnes handicapées et des enfants ayant un déficit d'attention et d'hyperactivité. L'activité d'aventure n'est pas une fin en soi, mais bien le moyen utilisé. On part des problématiques, de ce que les gens vivent, des objectifs thérapeutiques qu'ils veulent atteindre pour développer nos programmes. Comme on a des entrevues avant l'aventure, on connaît les capacités de la personne au moment du départ.


Pourquoi avez-vous sur place des intervenants qui proviennent de différents secteurs (psychoéducateurs, psychologue, superviseur clinique...)?

Les intervenants de Hors Repères sont choisis selon leur expertise professionnelle, leur qualité d'expert dans leur domaine respectif. Ils sont tous diplômés universitaires, membre d'un ordre professionnel et formés à l'approche de la thérapie par l'aventure par Hors repères. Mais au-delà de l'éthique professionnelle, on doit partager les mêmes valeurs humaines. Ce sont des gens créatifs et innovateurs, qui aiment l'aventure, qui aiment aider les gens, qui ont de la compassion pour les autres. Le tout, pour un monde meilleur. Aussi, l'énergie doit passer dans l'équipe. La relation de confiance doit s'installer entre nous, c'est primordial pour la qualité de nos programmes.


Quelle préparation avez-vous besoin de faire avec les participantes avant l'aventure proprement dite?

Nous avons un processus d'admission rigoureux. Les gens qui veulent se lancer dans l'aventure doivent répondre à un questionnaire qui évaluera leurs motivations, leurs attentes, leur expérience de vie et de groupe. Ils devront ensuite passer un examen médical pour évaluer leur condition physique et enfin avoir un entretien individuel avec trois intervenants. On veut savoir s'ils sont motivés à mettre l'effort nécessaire au processus du changement humain et c'est aussi lors d'une sortie préparatoire que l'on pourra sentir l'engagement réel du participant. On constitue nos groupes en fonction de la synergie de chacun.

À la suite de la sortie préparatoire de deux jours, on ajuste les composantes du programme d'intervention selon l'évaluation de chacune des femmes tant sur le plan physique, intellectuel, affectif, que leur dynamique en nature et avec le groupe.

Quelle est la réaction la plus fréquente des participants lorsqu'ils arrivent dans la thérapie? Leur perception est-elle biaisée par des préjugés, des peurs, des appréhensions?

Il y a autant de personnes, de motivations que de réactions. Le milieu d'intervention utilisé par la thérapie par l'aventure est un milieu non familier pour le participant. Le fait qu'on soit en forêt permet à la personne de ne pas utiliser les mêmes mécanismes que dans son quotidien, de se révéler à elle-même. Ça lui permet de développer de nouvelles manières de fonctionner, plus adaptées. Elle se rend d'ailleurs souvent compte qu'elle peut dépasser ses limites en utilisant en elle des ressources encore inexploitées.


Y a-t-il des « phases » normales au cours de la thérapie? Colère, découragement, déprime...

Encore ici, les réactions sont différentes d'une personne à l'autre. Chose certaine, l'accompagnement, la présence constante des intervenants sont essentiels dans le processus de changement, dans l'expérience d'apprentissage que le participant dessine de lui-même. On est là pour eux, pour répondre à leurs besoins.


Les conflits sont-ils inévitables entre les participants?

Non, les conflits ne sont pas inévitables, mais je dirais qu'entre adultes, on retrouve plutôt des réactions relationnelles que des conflits proprement dits. C'est normal, on vit pendant neuf jours dans des conditions parfois contraignantes avec des gens qu'on connaît peu, mais l'interaction entre les participants est nécessaire au processus clinique. Dans notre approche, on privilégie la relation de confiance plutôt que la confrontation.

C'est neuf jours de thérapies, plus deux week-ends intensifs, mais à quoi ça équivaut en termes de semaines de thérapies à raison d'une heure/semaine.

La thérapie par l'aventure est une approche clinique distincte en soi et elle ne peut être quantifiée en comparaison avec une approche conventionnelle. On évalue plutôt la qualité de l'intervention. On se préoccupe de l'atteinte des objectifs de chacun des participants. Il est aussi important que les changements qu'on voit se faire durant le programme soient bien intégrés dans le quotidien. C'est la raison pour laquelle, on s'assure que nos programmes utilisent, dans chacune de ses activités, l'intégration des apprentissages au quotidien et qu'une sortie de suivi avec notre groupe après deux mois soit partie prenante du processus clinique.


J'ai vu à travers le documentaire que souvent, il y avait des symboliques dans les expériences que vous faites vivre à vos participantes (vider le sac à dos - se libérer, défaire le n?ud dans le fond de l'eau...), est-ce que c'est une approche volontaire et constante? Est-ce que chaque activité est conçue comme telle?

En effet, dans nos programmes, tout est planifié : les repas, les lieux pour dormir, chacune des activités est planifiée et a sa raison d'être. Aussi, on utilise une approche métaphorique, où l'art de faire des liens prend tout son sens Rien n'est jamais le fruit du hasard. On sait que telle activité structurée va générer l'émotion, l'expérience propice à l'objectif thérapeutique recherché. Il y a beaucoup de rigueur et de créativité dans nos programmes. Ils sont toujours en lien avec les objectifs et l'évaluation clinique que nous avons faite au départ et que nous faisons des femmes tout au long du processus.


Pourquoi vous, en tant qu'intervenante, favorisez-vous cette approche plutôt qu'une autre?

C'est une approche globale de la personne. On travaille autant avec son c?ur, qu'avec son esprit ou son corps. J'aime l'apprentissage tangible qui en ressort pour les participants. On voit la personne dans le « concret ». On intervient directement dans le processus de changement.

Puis, je trouve que le contact avec la nature est essentiel pour reprendre contact avec soi-même. Il faut prendre le temps de s'asseoir, de s'arrêter, de contempler.

Qu'est-ce que ce travail vous apporte personnellement?

Je crois que nous avons, plus que jamais, besoin d'humanité, besoin de la nature et de compassion pour penser et panser ses blessures... et je suis privilégiée d'y participer.

 

Pour obtenir de l'information sur les programmes de thérapie par l'aventure offerts par Hors Repères, consultez le www.hors-reperes.com.

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